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Nitro

DE LA COLLECTION Minutes du Patrimoine

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Un moment de notre histoire...

RESOURCES PÉDAGOGIQUES

"On dit que chaque kilomètre de voie ferrée a coûté la vie à un Chinois," raconte le vieil homme à ses petites-filles. Cette Minute Historica, intitulée Nitro, raconte l'histoire des Chinois venus en Colombie-Britannique, en 1882, pour travailler à la construction de la dernière liaison ferroviaire du Canadien Pacifique. Les aventures de ces immigrants chinois, qui ont risqué leur vie en occupant les emplois les plus dangereux sur les chemins de fer, à un salaire deux fois moindre que celui des ouvriers blancs, ne constituent qu'un chapitre de l'histoire des Chinois au Canada. Laissant derrière eux la pauvreté et le chaos politique de leur terre natale dans l'espoir d'une vie meilleure à "Gum San" ou à Gold Mountain, les immigrants chinois n'ont pas toujours été bien accueillis. Longtemps, ils ont dû lutter contre les restrictions gouvernementales et la discrimination raciale pour s'établir dans leur nouveau pays et s'attirer le respect de leurs compatriotes.

La fièvre de l'or
Quand la rumeur voulant que l'on ait découvert de l'or près du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique, atteignit le quartier chinois de San Francisco en 1858, des centaines de Chinois firent voile vers le nord pour y chercher fortune. La première communauté chinoise du Canada s'installa à Victoria, point d'accès aux mines d'or de l'intérieur des terres. Deux ans plus tard, d'autres Chinois arrivèrent directement de Chine. Ces nouveaux venus inexpérimentés et les prospecteurs chinois de la Californie emboîtèrent le pas aux ambitieux chercheurs d'or dans la partie nord et est de la province.

Comme beaucoup d'immigrants venus au Canada, les Chinois ont fui le tumulte d'une patrie déchirée par la guerre, la faim et la rébellion. Beaucoup d'entre eux provenaient de la province de Guangdong, sur la côte sud-est de la Chine, où la première guerre de l'opium avec les Britanniques (1839-1842) avait dévasté la campagne. La vie commerciale y fut anéantie, les paysans n'avaient plus de terres à cultiver, et les ouvriers ne pouvaient pas trouver de travail dans leur principale ville portuaire, Guangzhou (Canton). Ce désastre économique conduisit à l'anarchie, puis à la rébellion de Taiping en 1851. Cette guerre civile brutale dura 14 ans et fit plus de 20 millions de morts. Les sans-abri, les chômeurs et les pauvres n'avaient d'autre choix que celui d'émigrer. S'ils réussissaient de justesse à économiser 34 dollars, ils pouvaient gagner le Canada.

Ce sont presque exclusivement des hommes qui ont quitté la Chine pour l'Amérique du Nord. Il y avait bien quelques marchands, mais la plupart étaient des paysans et des ouvriers. Certains n'ont pas survécu à la traversée périlleuse du Pacifique. Il n'y avait ni médecin ni médicaments à bord durant ce voyages de 60 jours, et le riz était la seule denrée. Par conséquent, beaucoup d'immigrants chinois sont arrivés à Victoria souffrant du scorbut et de malnutrition. Ils continuèrent néanmoins à débarquer et, en 1863, on compta quatre milliers de Chinois dans les mines d'or de la région du Caribou. Ils restèrent à distance des travailleurs blancs, exploitant des gisements miniers que d'autres avaient abandonnés. Ces concessions minières étaient plus faciles à acheter et moins coûteuses que les nouvelles, et cette stratégie leur permit aussi de se protéger contre l'hostilité grandissante à leur égard.

Les Chinois ont rapidement comblé d'autres lacunes dans cette nouvelle communauté de pionniers. Ils ont ouvert des blanchisseries, des restaurants, et se sont lancés dans la culture maraîchère pour desservir la population de chercheurs d'or. Ils construisirent des routes, traversèrent des canyons dangereux avec des attelages de chevaux et installèrent les fils télégraphiques qui allaient relier les villes intérieures à la côte. Plus tard, ils ont travaillé dans les nouvelles usines de mise en conserve du poisson, sur la côte de la province, et comme mineurs dans l'île de Vancouver.

Les sources d'animosité
Quand les Chinois arrivent à Victoria, en 1858, la communauté anglophone leur réserve un accueil mitigé. Certains les considèrent avec curiosité, d'autres avec condescendance, la plupart avec certains préjugés. En 1860, la population chinoise, composée presque entièrement d'hommes, atteint 1 577 personnes. Pour beaucoup de gens, ce "groupe de célibataires" laisse supposer que peu d'immigrants chinois ont l'intention de s'établir au Canada, renforçant du même coup les sentiments anti-chinois. Toutefois, les premiers immigrants chinois, qui arrivent en Colombie-Britannique sans connaître leur nouveau pays, voient les choses d'un autre ?il. Bon nombre d'entre eux ont vidé leurs poches pour payer le voyage, d'autres ont des dettes à rembourser à une agence de placement. Ils travaillent dur et, à partir de leur modeste pécule, ils économisent pour payer leur pension, rembourser graduellement leurs emprunts et aider leur famille en Chine. En général, ils espèrent faire venir leur femme et leurs enfants au Canada, mais ce n'est pas facile, à cause des règlements et des restrictions gouvernementales.

Dès 1860, on sent le besoin d'imposer une taxe de 10 dollars à chaque Chinois habitant l'île de Vancouver, mais on juge prudent d'écarter cette mesure parce que la main-d'?uvre chinoise est essentielle à la croissance de cette région de l'Ouest. Sans citoyenneté et sans droit de vote, les Chinois sont considérés comme des "machines humaines." Comme le souligne Matthew Begbie, premier juge en chef de la Colombie-Britannique: "Ils sont généralement exploités, néanmoins tout le monde les emploie."

La construction du chemin de fer
La prochaine arrivée massive de Chinois au Canada commence en 1880 avec la construction du Canadien Pacifique en Colombie-Britannique. La population blanche n'étant pas assez importante pour fournir l'imposante main-d'?uvre nécessaire à cette grande entreprise, l'ingénieur en chef, Andrew Onderdonk, se tourne alors vers les États-Unis et la Chine pour recruter des Chinois. Onderdonk opte pour les Chinois parce qu'il les croit "travailleurs et appliqués." De plus, il peut les payer un dollar par jour, soit la moitié du salaire versé aux travailleurs blancs. Les 15 000 Chinois qui entrent au Canada entre 1880 et 1885, année où le CP Rail est achevé, permettent à la compagnie d'Onderdonk d'économiser plus de 3 millions de dollars.

Pendant la construction du chemin de fer qui traversera le paysage accidenté de la Colombie-Britannique, les Chinois sont affectés aux travaux les plus difficiles et les plus périlleux qui soient. Ils percent les montagnes, remblayent les ravins et creusent des tunnels à l'aide d'explosifs. Les glissements de terrain, les explosions à la dynamite exécutées sans précaution et les "incidents" raciaux causent de nombreux décès. D'autres meurent en raison du froid hivernal, de la mauvaise nutrition et de soins médicaux inappropriés. Au moins 600 travailleurs chinois ont payé de leur vie l'ambitieux projet que fut le chemin de fer transcanadien.

La loi d'exclusion
La fin des travaux du Canadien Pacifique met au chômage des milliers de Chinois. Ils aboutissent à Victoria, où une communauté chinoise est établie, et à Vancouver. Certains se rendent en Alberta et plus à l'est en suivant le chemin de fer. Des quartiers chinois voient ainsi le jour à Calgary, à Moose Jaw, à Winnipeg, à Toronto et à Montréal. En 1911, on compte environ 28 000 Chinois au Canada. La plupart d'entre eux sont cuisiniers, épiciers, blanchisseurs ou domestiques.

La fin de la construction du chemin de fer coïncide avec la première loi importante visant à limiter l'immigration chinoise au Canada. Pendant des années, on accuse les Chinois de menacer les emplois des Blancs parce qu'ils acceptent des salaires inférieurs. Les articles de journaux dénoncent le "péril jaune" qui menace le Canada. La Loi de l'immigration chinoise promulguée par le gouvernement fédéral en 1885 rend presque impossible pour les hommes chinois de faire venir leur famille au Canada. La Loi impose un droit d'entrée de 50 dollars à tout immigrant chinois et statue qu'aucun bateau ne peut transporter plus d'un Chinois par 50 tonnes. Ce droit est porté à 100 dollars, en 1900, et à 500 dollars, en 1903. Il est finalement aboli en 1923 et remplacé par la nouvelle Loi de l'immigration chinoise. Le 1er juillet 1923 est nommé par les Chinois "Jour de l'humiliation," parce que cette nouvelle loi ferme virtuellement la porte à l'immigration des leurs.

Ironiquement, les attitudes racistes et la loi d'exclusion du gouvernement contribuent à resserrer les liens au sein de la communauté chinoise. Dès 1884, une association chinoise de bienfaisance est fondée à Victoria pour venir en aide aux immigrants dans le besoin. De telles associations commencent à voir le jour dans toutes les communautés sino-canadiennes. Elles ont pour but d'aider les nécessiteux, de maintenir la paix dans les communautés chinoises et de combattre la violence raciale et les lois discriminatoires.

Après la Seconde Guerre mondiale, les Chinois commencent à conquérir leurs droits civiques. L'immigration est enfin libéralisée et, en 1947, ils obtiennent le droit de vote fédéral. Les communautés d'après-guerre prennent de l'expansion, mais la population chinoise du Canada doit attendre de nombreuses années avant de se régénérer. En effet, ce n'est pas avant la modification, en 1967, de la loi régissant l'immigration, qui favorise l'arrivée massive d'immigrants instruits et professionnels, que les Chinois sont considérés à leur juste valeur dans la mosaïque canadienne.

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