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Le grand feu du Saguenay

DE LA COLLECTION Minutes du Patrimoine

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Un moment de notre histoire...

RESOURCES PÉDAGOGIQUES

Le printemps avait été si hâtif et sec en 1870 que les colons du Saguenay, dans le nord-est du Québec, s'étaient empressés de labourer leurs terres pour terminer les semailles au début de mai. Ces conditions exceptionnelles préparaient toutefois un sinistre d'une violence fulgurante, le pire de l'histoire de la région.

Tôt le matin du 19 mai, une pluie de soufre imprègne et colore les terres du Lac Saint-Jean. Au nord, dans l'air saturé, plane une fumée dense: un feu d'abattis s'est communiqué à la forêt. Vers le milieu de l'avant-midi, un vent fort de l'ouest soulève le brasier pour l'étendre "au galop d'un cheval," selon l'expression des anciens.

En quelques heures seulement, les flammes dévastent tout sur une distance de 150 km, depuis la rivière Mistassini, à la source du lac Saint-Jean, jusqu'à la baie des Ha ! Ha ! Si grande est la vitesse de propagation que des habitants, pour échapper à la mort, ont à peine le temps de s'enfermer dans des caveaux creusés sous terre ou de gagner le cours d'eau le plus proche et de s'y arroser sans relâche pour ne pas griller tout vifs. Le soir, vers six heures, tout se calme.

En consultant le bilan du désastre, on s'étonne que les pertes de vies humaines se comptent sur les doigts. En revanche, les brûlés graves sont nombreux et le tiers de la population du Saguenay se trouve complètement démunie: maisons, granges, animaux, moulins et ponts sont détruits. Isolés, les sinistrés se construisent des huttes au moyen de troncs d'arbres à demi-calcinés et dorment à même le sol brûlé.

Puis, un Comité du feu, formé à Chicoutimi, commence à distribuer vivres, semences et vêtements recueillis dans les paroisses riveraines du Saint-Laurent et dans les grands diocèses de Montréal et de Québec. Les journaux, faisant état de la détresse extrême des sinistrés du Saguenay, soulèvent un grand mouvement de solidarité dans la province. Quoique insuffisants, les dons généreux donnent espoir aux victimes qui se remettent aussitôt à ensemencer leurs terres et, grâce au bois d'oeuvre fourni par la société d'exploitation forestière de William Price and Sons, on s'acharne aussi à rebâtir. A l'automne, la majorité dispose d'un toit et peut se nourrir des produits de sa récolte, particulièrement abondante.

Le peuplement du Saguenay commence à s'affirmer au moment où sévit ce que l'on appellera désormais le Grand Feu. En dépit du tort causé aux colons et aux forêts, les familles ruinées n'abandonnent pas la jeune colonie. Le type saguenéen, d'une vigueur et d'une résistance remarquables, s'esquisse.

Chaque année au Canada, on dénombre plus de 9 000 incendies forestiers, dont 65 pour cent sont imputables à la négligence humaine. Heureusement, certains feux de cime ou de surface ont un effet bénéfique sur les écosystèmes forestiers. La chaleur fait éclater les cônes des conifères pour en libérer les semences et, l'humus du sol étant intact, ils favorisent même la régénération des principales essences de la forêt boréale: épinette noire, pin gris, bouleau blanc et tremble. Par ailleurs, à la suite d'incendies plus dévastateurs et intenses, comme celui du Saguenay en 1870 et ceux qui ont fait rage au printemps et à l'été 1991 sur la Côte-Nord du Québec, il faut plus de 100 ans pour que l'humus se reconstitue; parfois, ces espaces se transforment en déserts.

Pour limiter les dégâts de tels désastres, les sociétés provinciales de lutte contre les incendies forestiers ont recours à une méthode canadienne de prévision du comportement des incendies. Tenant compte du combustible - la nature des essences - et de la topographie, cette technique permet de prédire à quelle vitesse se propagera le feu, vers quelles régions, et permet d'anticiper les territoires à risque.

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