MINUTES DU PATRIMOINE#UNMOMENTDENOTREHISTOIRE

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Le chemin de la bravoure

MINUTES DU PATRIMOINE

#UNMOMENTDENOTREHISTOIRE

PUBLIÉE EN 1991

Trois jeunes hommes, qui habitent la même rue à Winnipeg, reçoivent la Croix de Victoria pour leurs actes de bravoure au cours de la Première Guerre mondiale.

La Première Guerre mondiale a déjà été connue sous le nom de Grande Guerre en raison de ses répercussions à l'échelle internationale, de la mobilisation massive de troupes, de munitions et de matériel qu'elle a exigés, et de son prix terrible en vies humaines. Selon certains, le jeune pays qu'était alors le Canada a atteint sa maturité au cours de ce conflit mondial. Des Canadiens ont connu la gloire au sein du Corps royal d'aviation : Billy Bishop et Raymond Collishaw ont survécu assez longtemps pour devenir des as de l'aviation, et Roy Brown a acquis la célébrité en abattant le Baron rouge. C'est aussi au cours de cette horrible guerre des tranchées que nombre de Canadiens ont fait preuve d'endurance et de courage.

Des Canadiens se sont battus et sont morts lors d'affrontements à Ypres, au mont Sorrel, à Beaumont Hamel, à Courcelette, sur le Crête de Vimy, à Passchendaele et à Amiens. Soixante-neuf soldats canadiens ont reçu la Croix de Victoria pendant la Première Guerre mondiale. Trois d'entre eux demeuraient rue Pine, à Winnipeg. Plus tard, en leur honneur, cette rue a été rebaptisée Valour Road, c'est-à-dire " chemin de la bravoure ".

Le caporal Leo Clarke a obtenu sa Croix de Victoria pour sa bravoure dans les tranchées au cours de la bataille de la Somme. Clarke se retrouva seul face à 20 soldats ennemis. Au lieu de se rendre, il riposta en vidant son révolver deux fois, puis en se servant d'un fusil allemand qu'il avait ramassé par terre. Au cours de la bataille qui s'ensuivit, un officier allemand plongea sa baïonnette dans le genou de Clarke avant que celui-ci puisse tirer sur son adversaire. Blessé et ensanglanté, Clarke continua de se battre et poursuivit les soldats ennemis en fuite : il en tua quatre et en fit un prisonnier. En dépit de l'ordre de se rendre à l'hôpital, il retourna au champ de bataille le lendemain. Leo Clarke mourut au combat un mois plus tard.

La Croix de Victoria a été décernée au sergent-major Frederick William Hall pour avoir donné sa vie pour un camarade pendant la bataille d'Ypres. Sa compagnie immobilisée dans les tranchées sous le feu ennemi intense, Hall sortit deux fois à la faveur de la nuit pour ramener des soldats blessés. Le 21 février 1915 au matin, on entendait depuis les tranchées les gémissements d'un soldat blessé sur le champ de bataille. Hall et deux autres se portèrent volontaires pour aller le chercher, mais dès qu'ils émergèrent de la tranchée, ils furent la cible d'un feu nourri. Les deux autres hommes furent blessés ; tous durent reculer. Quelques minutes plus tard, Hall sortit seul en plein jour pour affronter les fusils ennemis. Sous une pluie de balles, il rampa le long du terrain. Arrivé auprès du soldat atteint, Hall réussit à se glisser sous lui en se contorsionnant. Il commença à le déplacer sur son dos vers ses propres lignes. Toutefois, lorsque Hall leva la tête pour s'orienter, il reçut une balle qui le tua instantanément.

Durant la bataille de Passchendaele, le lieutenant Robert Shankland conduisit ses troupes vers une position avancée qu'elles maintinrent au cours d'une contre-attaque violente. Sachant qu'une description exacte de la position de sa compagnie était cruciale pour le plan d'attaque des Alliés, Shankland traversa seul le champ de bataille, livra les renseignements nécessaires au poste de commandement et s'en retourna par le même chemin. Après avoir rejoint ses troupes, Shankland continua de se battre jusqu'à la fin de l'engagement. La citation de sa Croix de Victoria fait l'éloge de son courage, de son empressement et de ses compétences, et souligne l'exemple qu'il a donné aux troupes qui étaient sous ses ordres. Des trois récipiendaires de la Croix de Victoria qui avaient habité Valour Road, seul Shankland a survécu à la guerre.

L'héroïsme d'hommes tel que Clarke, Hall et Shankland ne pourra jamais effacer la misère, l'horreur et les dommages qu'engendre la guerre. Les Canadiens ont rarement glorifié leur participation à des conflits. Ils ont plutôt tendance à considérer les états de service de nos soldats au cours de la Grande Guerre comme l'expression du devoir inévitable qu'ont accepté des hommes courageux face à une tragédie mondiale. Plus de 50 000 jeunes Canadiens sont morts pendant la Première Guerre mondiale. Celle-ci terminée, les survivants sont rentrés au pays, vieillis et affligés, nourrissant l'espoir qu'il n'y aurait jamais plus de guerre semblable.