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LECTURE EN COURS

Hart et Papineau

DE LA COLLECTION Minutes du Patrimoine

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Un moment de notre histoire...

RESOURCES PÉDAGOGIQUES

Au Canada, comme dans de nombreuses démocraties, la reconnaissance des droits des minorités a été intimement liée à la mise en place du processus démocratique. Le cas d'Ezekiel Hart, présenté dans une des plus récentes Minutes Historica, est un exemple éloquent du rapport entre les droits des juifs et l'évolution de la démocratie au Bas-Canada. Cet épisode de l'histoire canadienne montre également - paradoxalement - qu'à une époque où les droits des juifs n'étaient pas pleinement reconnus par les lois de l'Empire, de solides liens commençaient à se tisser, au sein des communautés québécoises, entre juifs et catholiques.

En 1807, à la mort du député de Trois-Rivières, John Lees, il a fallu combler son siège à l'Assemblée législative du Bas-Canada, tenir en tenant une élection partielle. Quatre candidats se présentèrent : Matthew Bell et Thomas Coffin, qui représentaient la communauté anglophone - minoritaire mais puissante - Pierre Vézina, officier francophone bien en vue, et Ezekiel Hart, membre d'une des familles les plus respectées de Trois-Rivières.

Pendant la campagne électorale, le juge Louis Foucher, l'autre député de la région, avait conseillé aux électeurs d'appuyer Coffin. Foucher estimait que Hart n'était pas digne de représenter ses concitoyens parce que celui-ci manquait d'expérience, mais surtout parce qu'il était juif. Le seul appui public que reçut Hart fut celui de son frère Benjamin.

La population locale ne se laissa toutefois pas berner par les propos de Foucher, et, le 11 avril 1807, Ezekiel Hart fut élu sans équivoque, remportant plus de la moitié des 119 voix dans une élection à main levée. Il devint ainsi le premier juif pratiquant élu à une des deux assemblées législatives du Canada. Un dénommé Samuel Hart avait été élu à l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse à la fin du XVIIIe siècle, mais il s'était converti à la religion anglicane.

La victoire d'Ezekiel Hart était d'autant plus remarquable que quelques décennies plus tôt, les juifs n'avaient même pas le droit de vivre au Canada, à moins d'abjurer le judaïsme. D'ailleurs, à l'époque où les citoyens de Trois-Rivières élurent Hart, les juifs n'avaient toujours pas le droit de siéger au Parlement britannique. La victoire de Hart ne put cependant être contestée immédiatement parce que l'Assemblée de 1807 siégea un seul jour avant d'être dissoute.

La controverse éclate

Lorsque l'Assemblée reprit ses activités en janvier 1808, un député demanda si Hart avait prêté serment en bonne et due forme, c'est-à-dire sur la Bible et sans couvre-chef. Or, conformément à la tradition juive, Hart avait prêté serment sur l'Ancien Testament sans se découvrir la tête. Il fut décidé de l'exclure de l'Assemblée.

On tint une nouvelle élection partielle à Trois-Rivières au printemps 1808, et Hart l'emporta de nouveau. Pour éviter la controverse, il accepta de prêter serment tête nue, sur la Bible chrétienne. Cette fois, l'Assemblée l'accusa de bafouer la religion chrétienne et l'exclut de nouveau en 1809 : elle alla jusqu'à adopter une résolution excluant tous les juifs de l'Assemblée législative. Louis-Joseph Papineau et son père Joseph votèrent tous deux pour l'expulsion de Hart.

" L'affaire Hart "

Plusieurs historiens ont souligné le caractère paradoxal de ce qu'il convient maintenant d'appeler " l'affaire Hart ". Selon toute vraisemblance, le Trifluvien Hart avait su gagner la confiance et l'estime de ses concitoyens. Après tout, ces derniers avaient reconnu, deux fois plutôt qu'une, l'aptitude de Hart à défendre leurs intérêts à Québec. Pourquoi donc l'Assemblée législative, dominée par les " Canadiens " (francophones), s'obstinait-elle à empêcher Hart d'exécuter son mandat ?

Si la démocratie n'allait pas encore de soi au Bas-Canada, c'est en partie parce qu'elle était un phénomène récent : avant l'Acte constitutionnel de 1791, les Canadiens n'avaient jamais eu de représentants élus. Au début du XIXe siècle, la politique demeurait donc plutôt une question de personnalités que de partis. Les membres francophones de l'Assemblée se méfiaient de Hart parce qu'il semblait favorable au parti du gouverneur. Selon un contemporain de Hart, les députés canadiens-français voulaient " conserver la majorité en leur faveur " et " si possible, faire entrer un francophone plutôt qu'un anglophone à l'Assemblée ". Même le juge Foucher, farouche détracteur de Hart, n'avait pas l'appui de tous les députés francophones parce que ces derniers craignaient que les fonctions de juge et celles de député ne fussent incompatibles. Contrairement à Hart, Foucher réussit cependant à conserver son siège.

Les mentalités évoluent

Au cours des 15 à 20 années suivantes, plusieurs événements contribuèrent à changer les mentalités au Canada. Premièrement, les juifs, déjà reconnus pour leur contribution à la vie sociale et économique de la colonie, firent preuve d'une grande loyauté envers l'Empire britannique lors de la guerre anglo-américaine de 1812. En outre, Benjamin Hart, frère cadet d'Ezekiel, avait amorcé une lutte de longue haleine pour faire reconnaître les droits civils et religieux des juifs. Et l'Assemblée législative, toujours dominée par les francophones catholiques, était désormais disposée à appuyer toute institution susceptible, selon elle, d'ébranler le pouvoir de l'Église anglicane. C'est dans cet esprit, sans doute, que l'Assemblée reconnut officiellement l'Église presbytérienne en 1826.

Grâce aux efforts assidus de Benjamin Hart, l'Assemblée législative accorda donc aux juifs le droit d'ériger une nouvelle synagogue et de tenir des registres des naissances, des mariages et des décès au sein de leur communauté.

Papineau rétablit l'équité

La politique et la fonction publique demeuraient toutefois interdites aux juifs. Samuel B. Hart, fils aîné d'Ezekiel, l'apprit à ses propres dépens. En 1830, lord Matthew Aylmer, nouveau gouverneur du Bas-Canada, lui offrit un poste de magistrat et de juge de paix. Malheureusement, après avoir consulté ses conseillers, Aylmer dut retirer l'offre faite à Hart. Aylmer se chargea lui-même d'acheminer au roi Guillaume une lettre de protestation écrite par Hart.

À la même époque, d'autres " sujets juifs " du roi soumirent à l'Assemblée législative du Bas-Canada la demande de permettre aux juifs d'occuper des charges publiques. John Neilson présenta leur pétition à l'Assemblée législative; Denis Viger la soumit, de même que la lettre de Hart, au Conseil législatif.

Louis-Joseph Papineau, devenu président de l'Assemblée en 1815, n'était plus le même homme qui s'était prononcé en faveur de l'exclusion de Hart en 1809. En homme intelligent et éclairé, il n'acceptait pas que les querelles partisanes et les préjugés fassent obstacle à la vie démocratique. Et c'est ainsi que sous la présidence de Louis-Joseph Papineau, l'Assemblée législative du Bas-Canada adopta, en 1832, le projet de loi qui allait garantir les pleins droits des personnes pratiquant la religion juive. L'Angleterre et ses autres colonies n'accorderont ces droits aux juifs que 25 ans plus tard.

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