MINUTES DU PATRIMOINE#UNMOMENTDENOTREHISTOIRE

logo-icon

Emily Murphy

MINUTES DU PATRIMOINE

#UNMOMENTDENOTREHISTOIRE

PUBLIÉE EN 1992

Monologue de l'héroïne racontant comment, avec un groupe de Canadiennes, elle a fait avancer les droits des femmes dans tout le Commonwealth auprès des lords du Conseil privé.

" Le monde aime les âmes pacifiques, déclara un jour Emily Murphy, mais il a parfois besoin de bons donneurs de coups de pied. " Madame Murphy excellait à ce titre, elle qui instigua une réforme de la législation canadienne.

Emily Murphy amorça sa carrière en écrivant des récits de voyage empreints de bonne humeur et de patriotisme, qu'elle publia sous le pseudonyme de Janey Canuck. Réputés pour leur vivacité et leur humour, ses écrits exprimaient également d'importantes préoccupations à l'égard de la situation des femmes et des enfants. Progressivement, elle fut appelée à se prononcer publiquement pour la défense des moins nantis de la société.

Née en 1868 d'une famille d'éminents légistes, Emily Murphy a démontré une rare compétence juridique alors qu'elle était encore jeune. Quand sa famille déménagea en Alberta en 1903, elle lança une campagne pour assurer des droits de propriété aux femmes mariées. Sous l'influence d'Emily Murphy, le Parlement de l'Alberta adopta le Dower Act (loi de douaire) en 1911, qui proclamait le droit de l'épouse sur un tiers des biens de son défunt mari.

En 1916, la carrière d'Emily Murphy marqua un tournant quand, accompagnée d'un groupe de femmes, elle tenta d'assister au procès de prostituées d'Edmonton qui avaient été arrêtées dans des circonstances " douteuses ". La Cour expulsa le groupe de femmes, sous prétexte que les dispositions ne convenaient pas à un auditoire " mixte ". Indignée, madame Murphy en appela de cette décision au procureur de la province.

" Si la preuve ne peut être entendue devant un auditoire mixte, plaida-t-elle, dans les cas où les femmes sont appelées à comparaître, le gouvernement doit alors créer une cour spéciale présidée par des femmes. " À sa grande surprise, le ministre consentit à lui offrir la présidence de ladite cour. Elle accepta, non sans réticences, devenant ainsi la première femme magistrat de l'Empire britannique.

Cette nomination mena à un chapitre encore plus important de la vie mouvementée d'Emily Murphy. Même si la nouvelle fut bien accueillie par certains de ses confrères de la Cour, d'autres contestèrent sa nomination, alléguant qu'une femme n'était pas une " personne " au sens de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique de 1867. L'argument coïncidait avec l'opposition qui s'était élevée contre la nomination d'une femme au Sénat canadien. Madame Murphy cria à l'injustice en constatant que le statut des femmes était défini suivant une loi désuète. Elle consacra désormais ses énergies à faire modifier cette loi.

Pendant 12 ans, Emily Murphy mena la bataille qui valut aux Canadiennes la reconnaissance de leurs droits civils. Devant l'insuccès des pétitions de nombreuses associations féminines pour l'accès des femmes au Sénat, madame Murphy prit des dispositions légales. Elle trouva un article de la Loi sur la Cour suprême qui permettait à toute délégation de cinq personnes ou plus de soumettre une requête au gouvernement en vue de légiférer sur une question constitutionnelle.

Madame Murphy s'adjoignit sans peine quatre autres réformatrices albertaines. Elle songea d'abord à son amie Nellie McClung, infatigable avocate des droits humains, suffragette et ancienne membre de la législature albertaine. La seconde fut Louise McKinney, qui avait aussi travaillé au sein de la législature albertaine et qui menait une croisade contre les méfaits de l'alcool et de la cigarette. La troisième, originaire de Montréal, fut Henrietta Edwards, qui défendait avec vigueur les droits des femmes et qui connaissait mieux que quiconque les lois s'appliquant aux femmes et aux enfants. Enfin, Irene Parlby, quatrième personne sollicitée par madame Murphy, était entrée sur la scène politique dans le but d'améliorer la vie des femmes de l'Alberta en milieu rural. Comme madame Parlby était ministre sans portefeuille au sein du gouvernement albertain, sa participation attirait à Emily Murphy le soutien de ce dernier.

L'affaire " des femmes non reconnues civilement ", comme on l'a appelée, a été soumise à la Cour suprême en mars 1928. La délégation féminine fut déboutée, mais Emily Murphy ne s'arrêta pas là pour autant. Elle porta la cause devant le Conseil privé de Londres qui, le 18 octobre 1929, dans un jugement dorénavant célèbre, statua que les femmes étaient des personnes jouissant de pleins droits civils selon l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique.

Dans la salle qui accueille le Sénat canadien, une plaque rend hommage aux cinq Albertaines en ces termes : " Ces cinq pionnières exceptionnelles de la cause des femmes sont à l'origine de la reconnaissance des femmes par le Conseil privé en tant que personnes admissibles au Sénat canadien. Ce mouvement a été amorcé par la juge Emily F. Murphy. " " Rien ne survient par hasard ", se plaisait à dire Emily Murphy. " Les événements obéissent à des impulsions. " Grâce à 12 années " d'impulsions ", madame Murphy contribua à faire céder les portes du Sénat en faveur des femmes, mais sans y accéder elle-même cependant, car elle mourut le 27 octobre 1933.